Le rôle insoupçonné de l’inconscient dans nos souvenirs
- cle-bodin
- 30 déc. 2021
- 4 min de lecture
Dernière mise à jour : 28 mars 2023
Comment nos souvenirs s'enregistrent-ils dans notre mémoire ? Depuis les années 50, les études scientifiques pointent du doigt un certain "hippocampe", une région profonde de notre cerveau qui jouerait un rôle indispensable dans ce processus. Mais des questions restent en suspens, notamment, pouvons-nous mémoriser des informations sans même en être conscients ? "Évidemment! " , vous me direz, encore faut-il le prouver...
L’inconscient déchaîne les passions des biologistes, des psychologues mais aussi des médecins si bien qu’il est impossible de lui attribuer une définition unique. Bien souvent, étudier la conscience nécessite de comparer deux groupes de participants dont les niveaux de conscience sont différents. Par exemple, des sujets endormis versus éveillés, ou des patients plongés dans un coma plus ou moins profond.
Dans leur étude publiée dans Current Biology, Schneider et ses collègues ont, quant à eux, choisi de manipuler le niveau de conscience de participants éveillés et en parfaite santé en utilisant des images subliminales.
Qu’est-ce qu’une image subliminale ?
Il s’agit d’une image dont la vitesse de présentation est tellement rapide qu'elle ne peut être perçue consciemment par celui qui la voit. Vient du latin « sub » (sous) et « limen » (seuil). Au contraire, une stimulation « supraliminale » est associée à une perception consciente. Deux éléments ont permis de vérifier le caractère subliminal des images dans cette étude : i. les performances dans la tâche de mémoire étaient faibles et le fruit du hasard ii. les participants n’étaient pas conscients des images dans la vidéo subliminale d’après un questionnaire visant à mesurer subjectivement leur niveau de perception.
Deux conditions expérimentales impliquant deux groupes de sujets distincts étaient comparées. Dans la condition « conscient » une vidéo, un court dessin animé, était présentée aux participants grâce à un écran. Dans la condition « inconscient » , des images bruitées en noir et blanc étaient insérées dans la vidéo. Les images du dessin animé apparaissaient alors de manière saccadées, trop rapidement pour être perçues de manière consciente et devenaient "subliminales".
Que contenait cette vidéo ? Le participant pouvait y apercevoir une série d’animaux se cachant les uns après les autres dans une grotte, y rester pendant un délai plus ou moins long puis ressortir. Son but était d'identifier quels animaux étaient présents en même temps dans la grotte et de s’en souvenir. Simple en apparence, cette tâche permettait néanmoins de recruter deux facultés cognitives majeures (auxquelles s’intéressent les scientifiques):
Premièrement, notre capacité à faire des inférences, par exemple « le requin n’est pas ressorti de la grotte et le poisson vient juste d’y entrer, donc ils sont tous les deux à l’intérieur ».
Deuxièmement, notre mémoire épisodique, c’est-à-dire notre capacité à se souvenir des inférences précédemment réalisées.
Lorsque les chercheurs demandaient aux participants de se rappeler des informations dans la vidéo, ceux-ci répondaient de manière délibérée dans la condition « conscient ». En revanche, ils répondaient de manière totalement intuitive dans la condition « inconscient » où les images étaient subliminales.
Résultat, et les chercheurs s'y attendaient, les performances des participants étaient meilleures dans la condition '"conscient'". Cependant, celles-ci chutaient rapidement lorsque la quantité d’informations à retenir était augmentée.
Ceci n'était pas vrai dans l'autre condition ! La mémorisation des images subliminales n'était pas diminuée avec une plus forte quantité d’information à retenir.
Ainsi, si notre mémoire demeure plus efficace lorsque l’on est conscient, elle arrive vite à saturation contrairement à notre inconscient qui enregistre un nombre important d’information.
Les scientifiques de cette étude se sont aussi intéressés aux régions du cerveau impliquées lors de cette tâche. Ils ont utilisé pour cela l’imagerie fonctionnelle ou IRMf (Imagerie par Résonance Magnétique fonctionnelle) permettant d’identifier les régions du cerveau s'activant au cours de l’expérience. La même vidéo était présentée aux participants mais cette fois-ci à l’intérieur du scanner.

Vue latérale de l’hémisphère gauche du cerveau. Une dissection, ici schématisée, est nécessaire pour apercevoir l’hippocampe (coloré en bleu).
La région de l’hippocampe était ainsi activée lors de la réalisation des inférences et par la mémoire épisodique, ceci pour les deux conditions « conscient » et « inconscient ». Une plus forte activité dans cette région était associée à de meilleures performances de mémoire. Contrairement à l’état inconscient, la mémorisation consciente des informations dans la vidéo recrutait un ensemble plus vaste de régions cérébrales allant jusqu’au cortex préfrontal à l'avant du cerveau, siège des fonctions cognitives supérieures.
A ce stade cependant, il est difficile de distinguer ce qui est issu du niveau de conscience des participants de ce qui est issu de la simple différence physique entre la vidéo intacte et la vidéo subliminale. C’est là l’apanage de la science, soulever de nouvelles questions à chaque découverte.
Tout au long de notre vie, notre mémoire enregistre des évènements, qu’ils soient heureux ou non, et alimente ainsi notre réserve de « souvenirs ». Cette récente étude vient mettre en lumière l’efficacité insoupçonnée de notre inconscient dans ce processus. Une nouvelle piste de recherche à explorer donc.... qui pourrait bénéficier aux neurosciences comme à la psychologie.

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